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Les musiques des XVIIème et XVIIIème siècles en Europe se sont amplement nourries des interactions entre culture savante et
culture populaire. Chaque musicien, souvent compositeur lui-même et dépositaire d'une tradition, transmettait son art oralement. La musique
vivait du contact entre les musiciens. De nombreux concertos baroques sont nés d'airs écossais et irlandais. Les Lieder, ces élégantes
illustrations romantiques, sont eux, dérivés de mélodies populaires que Franz Schubert connaît impeccablement et où abondent les histoires
de bergers et autres meunières. Tout comme un grand nombre de musiques savantes du monde entier, la musique européenne s'est largement
nourrie d'airs et de rythmes populaires.
Depuis des générations, cette transmission orale a permis de véhiculer la matière essentielle et nourricière de chaque tradition
musicale du globe : soit une variété infinie de finesses patiemment élaborées par des générations de musiciens. La musique savante a
progressivement eu pour rôle de guider les peuples vers la compréhension du miracle de l'Existence. Contenant des principes d'exécutions
fort symboliques autant que d'éléments toujours plus subtils, elle est, sur Terre, l'illustration de la vie et du langage céleste. Par cet
événement, elle ramène chaque auditeur, tel le Verbe, à un état de conscience qui n'est pas celui de tous les jours et lui révèle ainsi la qualité
essentielle de l'Existence. La musique ainsi considérée voit son rôle social renforcé : Elle devient une nourriture spirituelle forte, comme tout
rituel artistique traditionnel du monde entier.
Et ce lien entre musique et état de conscience élevé de l'être humain que le vecteur oral traditionnel permet d'entretenir. Or, depuis
la fin du XIXème siècle, ce mode de transmission oral décline peu à peu, au profit d'autres institutions (comme lecture de partition entre
autres), pour être quasiment réduit à néant des lieux d'enseignements officiels. (Cf. Constat actuel)
Comment faire pour retrouver le lien vers cet état bien particulier de la question artistique et comment y accéder ?
Notre ère est celle de l'informatique. Depuis quelques décennies, elle permet d'explorer les propres limites du son, au-delà du
organiquement réalisable. Elle en observe l'âme sous tous ses aspects et l'amène aux confins de ses possibilités naturelles, vers les mondes
totalement artificiels et surréalistes de l'électronique. À l'époque, une telle étude du son était tout à fait possible, avec d'autres moyens mais
tout aussi poussée, mêlant passions et émotions, tout comme bon sens, objectivité et discernement, renforcés par une perception très
organique du temps. Études toujours renouvelées grâce au dévouement sans bornes des musiciens-compositeurs (et pas uniquement des
claviéristes) toujours plus au faîte de leur art et de leur sens.
Si l'on considère maintenant l'environnement tant sonore que visuel et psychique au XVIIIème et XIXème siècle, force est de
constater qu'il aura notoirement changé. Quel a été l'impact de ce dernier sur les musiciens d'alors, sur leur disponibilité, leur écoute et leur
perception du Temps ?
Ressentons nous les choses de la même manière aujourd'hui ? Percevons nous les mêmes sons alors que nous subissons aujourd'hui tant
d'agressions sonores ? ( Environnements continuellement bruyants, au travail comme dans la vie privée - entre cinémas au niveau sonore
trop élevés et autres métros enragés). Une oreille continuellement sollicitée peut-elle conserver son acuité originelle et sa pure capacité
créative ? Prenons nous le temps, aujourd'hui, de manière naturelle, d'accueillir notre environnement sonore, consciemment ou non ?
Imaginons ce que pouvaient entendre nos aïeux musiciens dans leur monde sonore totalement naturels, rythmés par de simples
sabots de chevaux. Leur capacité d'écoute était-elle la même que la nôtre ? Avaient-ils des ressources auditives autrement libérées et
exploitées ? Nous pourrions volontiers penser qu'un climat paisible et serein contribue autrement à éduquer.
Comme but ultime :
- Imiter la voix humaine, ses accents et ses inflexions (règle d'or dans presque toutes les civilisations du monde). C'est un
commandement universel qui apparaît dans tous les traités de musiques anciennes, véritable condition à la vie sonore. Dans la tradition
européenne Judéo-Chrétienne, c'est un canon qui permet de faire renaître sur terre le langage céleste pour parvenir à « l'analogie de l'Être
avec le Créateur ». La musique doit ainsi permettre la communion des âmes, par un partage d'émotions et de joie universelle.
On s'avance ici vers l'utilité intrinsèque du son : magnifier le silence par la transformation de son état. Il s'agit donc de travailler
avec minutie sur l'interaction du silence et du son. Le son interrompt le silence, transcende son état, dont la qualité se retrouve transformée
en fin de discours. Il existe une infinité de moyen pour y parvenir.
Les sons ont des caractéristiques physiques établies suivant un ordre naturel très défini, en terme de formes et de profils, de
symbolismes, de développements harmoniques et de fonctions. Ils illustrent la Création du monde tel que nous le connaissons. Il en est ainsi
depuis des millénaires. Cet ordre amène le son vers un langage construit et articulé. Et c'est dans un langage imprégné d'articulation,
fervente, que sont les clefs du rythme et que peut s'épanouir la mélodie du chant dans une juxtaposition entre dimensions horizontales et
verticales. De même qu'une langue a son accent, la musique, elle aussi, abrite une multitude d'outils expressifs dérivés de ce principe
d'articulation.